Eternalisme et voyages dans le temps
2010

David Lewis
Deuxième article sur les voyages dans le temps. J’avais fini le premier en affirmant qu’étant admis l’éternalisme, les voyages dans le temps semblent physiquement impossibles, et logiquement possibles. L’éternaliste affirme que le futur existe. Or s’il existe, il semble accessible en droit (que les lois physiques de notre monde permettent ou non cet accès). D’où l’idée que l’éternalisme implique la possibilité logique des voyages dans le temps. Mon opinion à ce sujet n’a pas évolué, mais il me semble avoir les idées un peu plus claire à ce propos donc voici quelques précisions, en particulier sur la possibilité logique des voyages dans le temps.
Pour rappel, il faut distinguer possibilité physique et possibilité logique. La première évoque ce qui est possible en accord avec les lois de la physiques, la seconde ce qui est métaphysiquement possible, par exemple ce qui est possible dans un monde qui possède des lois physiques différentes.
Le paradoxe du meurtre du grand-père est une attaque contre la possibilité logique. Le paradoxe est schématiquement le suivant : si vous pouvez voyager dans le passé, vous pouvez en droit assassiner votre grand-père avant qu’il donne naissance à votre père. Mais comment êtes-vous né, si votre père n’a jamais existé ?
Ce paradoxe peut être résolué de deux manières pour montrer que les voyages dans le temps sont logiquement possibles. La première solution est celle de Lewis (1986a) : elle consiste à affirmer que l’histoire doit être cohérente. L’histoire de l’assassinat du grand-père est tout simplement incohérente, elle n’est donc pas possible logiquement. Mais cela n’implique absolument pas qu’une autre histoire cohérente de voyage dans le temps ne soit pas logiquement possible. Il faut simplement que l’histoire soit cohérente, ou de manière imagée, que d’un point divin en dehors de l’espace-temps, sa structure soit cohérente, que les boucles temporelles soient cohérentes.
La seconde solution est celle des histoires parallèles, lorsque vous voyagez dans le temps et assassinez votre grand père, vous avez accès ou vous créez un nouvel espace-temps parallèle au premier. Pour les connaisseurs de Lewis, remarquez que ce n’est pas sa stratégie. La variété de réalisme modal qu’il adopte est un réalisme basé sur la divergence des mondes possibles, le fait qu’ils sont causalement isolés, qu’ils ne se recouvrent jamais, et qu’ils ne s’influencent jamais. Il doit donc penser la possibilité logique des voyages dans le temps comme la possibilité de voyager dans un seul et unique monde possible, le monde concret actuel du voyageur.
Références :
Lewis, David, “The Paradoxes of Time Travel,” in Lewis, David, Philosophical Papers, Volume 2 (Oxford University Press, 1986a).
Lewis, David, On the Plurality of Worlds (Basil Blackwell, 1986b).






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