Eternalisme et voyages dans le temps

fév 06
2010

David Lewis

Deuxième article sur les voyages dans le temps. J’avais fini le premier en affirmant qu’étant admis l’éternalisme, les voyages dans le temps semblent physiquement impossibles, et logiquement possibles. L’éternaliste affirme que le futur existe. Or s’il existe, il semble accessible en droit (que les lois physiques de notre monde permettent ou non cet accès). D’où l’idée que l’éternalisme implique la possibilité logique des voyages dans le temps. Mon opinion à ce sujet n’a pas évolué, mais il me semble avoir les idées un peu plus claire à ce propos donc voici quelques précisions, en particulier sur la possibilité logique des voyages dans le temps.

Pour rappel, il faut distinguer possibilité physique et possibilité logique. La première évoque ce qui est possible en accord avec les lois de la physiques, la seconde ce qui est métaphysiquement possible, par exemple ce qui est possible dans un monde qui possède des lois physiques différentes.

Le paradoxe du meurtre du grand-père est une attaque contre la possibilité logique. Le paradoxe est schématiquement le suivant : si vous pouvez voyager dans le passé, vous pouvez en droit assassiner votre grand-père avant qu’il donne naissance à votre père. Mais comment êtes-vous né, si votre père n’a jamais existé ?

Ce paradoxe peut être résolué de deux manières pour montrer que les voyages dans le temps sont logiquement possibles. La première solution est celle de Lewis (1986a) : elle consiste à affirmer que l’histoire doit être cohérente. L’histoire de l’assassinat du grand-père est tout simplement incohérente, elle n’est donc pas possible logiquement. Mais cela n’implique absolument pas qu’une autre histoire cohérente de voyage dans le temps ne soit pas logiquement possible. Il faut simplement que l’histoire soit cohérente, ou de manière imagée, que d’un point divin en dehors de l’espace-temps, sa structure soit cohérente, que les boucles temporelles soient cohérentes.

La seconde solution est celle des histoires parallèles, lorsque vous voyagez dans le temps et assassinez votre grand père, vous avez accès ou vous créez un nouvel espace-temps parallèle au premier. Pour les connaisseurs de Lewis, remarquez que ce n’est pas sa stratégie. La variété de réalisme modal qu’il adopte est un réalisme basé sur la divergence des mondes possibles, le fait qu’ils sont causalement isolés, qu’ils ne se recouvrent jamais, et qu’ils ne s’influencent jamais. Il doit donc penser la possibilité logique des voyages dans le temps comme la possibilité de voyager dans un seul et unique monde possible, le monde concret actuel du voyageur.

Références :

Lewis, David, “The Paradoxes of Time Travel,” in Lewis, David, Philosophical Papers, Volume 2 (Oxford University Press, 1986a).
Lewis, David, On the Plurality of Worlds (Basil Blackwell, 1986b).

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Classement des articles

fév 05
2010

Accessible par l’onglet “Articles classés”, en haut dans la colonne de droite, vous pouvez désormais accéder aux articles qui vous intéressent à travers un classement thématique, et un classement par auteurs.

Classement thématique :

La réalité du temps
Théorie A et théorie B du temps
Le passage du temps
Présentisme, éternalisme, non-futurisme
La perception du temps
Le temps dans une image globale de la réalité
Les voyages dans le temps

Classement par auteur :

Kant, Immanuel

Klein, Etienne
Einstein, Albert
Markosian, Ned
McCall, Storrs
McTaggart, John
Putnam, Hilary
Shoemaker, Sydney

Thèmes prochainement abordés :

Relationnisme versus Substantialisme
Temps et causalité
Identité dans le temps

Si vous avez des suggestions n’hésitez pas.

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Eternalisme et perception du temps

jan 31
2010

Immanuel Kant

Immanuel Kant

On reproche à l’éternalisme de ne pas pouvoir rendre compte de notre perception du temps, d’un écoulement du temps. Mais on peut se demander pourquoi l’écoulement du temps devrait être un trait intrinsèque de la réalité pour être réel. En effet, imaginez qu’on obtienne une théorie correcte de la perception temporelle. Pourquoi la réalité elle-même devrait-elle présenter la même structure que notre expérience ? Il semble que l’affirmation de relations de bijection entre la structure de la réalité temporelle, et la structure de notre expérience temporelle soit une affirmation forte, et discutable. En d’autres termes l’existence d’un écoulement du temps de notre point de vue n’implique pas analytiquement l’existence d’un écoulement objectif du temps, indépendant de notre esprit.

Songez à l’idéalisme transcendantal de Kant, qui affirme que le temps est une sorte de mise en forme des phénomènes, une façon de les ordonner. Le temps est alors subjectif. Ce subjectivisme cause de nombreux problèmes. Par exemple, comment concevoir une histoire de l’univers qui précède l’apparition d’êtres intelligents à même de projeter la catégorie temps sur la réalité ? Comment comprendre qu’il a existé des événements entre le Big Bang et l’apparition d’êtres temporels, s’il ne pouvait pas y avoir de temps à cette époque ?

L’éternalisme, en ce qu’il intègre une théorie de la perception temporelle permet de résoudre ce problème. En insérant la distinction conceptuelle séries A (localisations temporelles par rapport au présent, “il y a deux heures”, “demain”, etc…) - séries B (relations d’antériorité et de postériorité entre des événements, “juste après la troisième guerre mondiale”, “une semaine avant la mort de Socrate”, etc…) dans le système kantien, il devient possible de comprendre à la fois l’éternalisme, et la perception d’un écoulement du temps. L’éternalisme peut parfaitement être décrit par les séries B : l’espace-temps est un réseau d’événements en relations, événements qui existent simpliciter de toute éternité. L’idéalisme transcendantal de Kant, n’est pas valable pour l’ensemble de la phénoménalité temporelle, mais uniquement pour les séries A. Lorsque nous percevons des séries B, nous percevons des traits objectifs du réel. Mais lorsque nous percevons des séries A, c’est notre esprit qui ajoute aux séries B sa propre perspective sur l’espace-temps, qui ajoute l’information de sa propre localisation temporelle.

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La co-existence atemporelle : Broad versus Oaklander

jan 02
2010
Nathan Oaklander

Nathan Oaklander

L’éternalisme affirme que le passé, le présent et le futur existent tout autant. Cela semble impliquer qu’en un certain sens, les événements passés, présents et futurs co-existent. Mais ce terme de co-existence est problématique, car il est évident que les événements n’existent pas au même moment, et que le « co » de « co-existence » n’implique donc pas la co-existence temporelle classique, l’idée que ces événements existent simultanément, au même instant. Comment comprendre alors l’affirmation de l’éternaliste selon laquelle il existe un certain sens dans lequel tous les événements de l’espace-temps co-existent ? Comment comprendre et définir cette co-existence simpliciter, atemporelle, différente de la co-existence temporelle ?

Broad met en doute dans ce texte le concept d’une telle co-existence atemporelle, c’est-à-dire la possibilité conceptuelle que des objets localisés à des instants différents puissent co-exister en quelque sens que ce soit.

Pour cela il montre que lorsque nous avons en tête l’idée d’une co-existence atemporelle, nous nous appuyons toujours ou sur la représentation mentale de nombres ordonnés, ou sur la représentation mentale d’objets spatiaux qui co-existent simultanément, par exemple les points d’une ligne spatiale telle qu’une route. Pour penser la co-existence atemporelle d’événements nous nous représentons donc soit la co-existence simultanée d’objets spatiaux, ou la co-existence d’objets abstraits comme les nombres, c’est-à-dire une co-existence temporelle, le fait que différentes choses soient localisées au même instant.

La théorie [statique] semble présupposer que tous les événements, passés, présents et futurs, “co-existent” en un certain sens, et entretiennent des relations d’antécédence temporelle de façon atemporelle ou sempiternelle. Mais comment allons-nous concevoir cette co-existence des événements ? Il me semble que les événements et leurs relations temporelles sont appréhendés soit par analogie avec des objets abstraits atemporels tels que les entiers, ordonnés selon leur magnitude, soit par analogie avec des particuliers persistants et simultanés, comme les points d’une ligne en ordre spatial, de la gauche vers la droite. Mais aucune de ces analogies ne permet de supporter une telle conception. (Broad, 1938, ii. 307, Oaklander souligne).

Oaklander va accepter avec Broad qu’aucune de ces deux analogies ne permet de comprendre le sens la de co-existence atemporelle, nécessaire pour définir l’éternalisme. Mais contrairement à Broad, il défend que l’éternalisme n’implique aucunement de recourir à ces deux analogies, et que l’on peut définir la co-existence atemporelle sans se servir d’elles.

Oaklander parle ainsi d’universaux pour évoquer les objets abstraits. Ces derniers sont dis atemporels (timeless) car ils ne sont pas localisés dans le temps. En effet la localisation spatio-temporelle est habituellement attribuée aux objets concrets (table, homme, etc…).

Je suis d’accord qu’aucune de ces analogies ne permet de supporter une telle conception, mais il me semble par contre que la nouvelle théorie du temps n’implique aucunement l’une ou l’autre d’entre elles. Dans la nouvelle théorie, les relations temporelles entre les événements sont en un certain sens similaires aux relations qu’entretiennent les universaux, mais nous n’avons aucunement besoin d’affirmer que les termes des relations temporelles doivent être conçues comme des universaux, c’est-à-dire comme des objets abstraits atemporels. Comme les relations entre universaux, les relations temporelles entre événements (et les faits que ces derniers composent), ne sont localisées ni dans le temps ni dans l’espace. De plus, il ne suit aucunement que les termes des relations temporelles co-existent atemporellement de la même manière que les universaux. (Oaklander, 1992, p.189)

Références :

Broad C. D. (1938), Examination of McTaggart’s Philosophy, Vol. II, Part I, (Cambridge: Cambridge University Press).

Oaklander N. (1998), “Freedom and the New Theory of Time”, Robin Le Poidevin (ed.), Questions of Time and Tense, (Oxford : Oxford University Press).

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Igitur

déc 17
2009

Lancement d’une nouvelle revue de philosophie analytique. Les articles sont accessibles gratuitement.
Trois articles sont désormais disponibles :

La résurgence du pion. Individualisme moral, légitime défense et guerre juste.
Vol. 1, n° 1, p. 1-21
13 décembre 2009
Nicolas Tavaglione

Le défi de la simplicité divine pour le théiste réaliste.
Vol. 1, n° 2, p. 1-17
13 décembre 2009
Yann Schmitt

Une pensée peut-elle être mauvaise ?
Vol. 1, n° 3, p. 1-17
13 décembre 2009
Martin Gibert

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La conception éternaliste met-elle en danger le mouvement ?

déc 05
2009
Wassily Kandinsky: Murnau Street with Women

Wassily Kandinsky: Murnau Street with Women

L’univers décrit par l’éternalisme est-il statique ? Pour répondre à cette question il importe de comprendre sa dimension métaphorique. Une chose est dite statique si elle n’est pas en mouvement. Or bien sûr, la question n’est pas ici de savoir si l’univers décrit par l’éternalisme est en mouvement. Il s’agit en fait de savoir s’il existe une place authentique pour le mouvement dans l’univers. Quand vous imaginez l’univers vous pouvez le faire de deux manières. Premièrement en imaginant l’espace tridimensionnel : dans ce cas il y a bel et bien du mouvement entre deux instants de l’univers : les objets changent leur localisation spatiale. Deuxièmement en imaginant l’espace spatio-temporel quadri-dimensionnel, mais en utilisant l’image mentale d’un univers à trois dimensions. Dans ce dernier cas, effectivement l’univers que vous avez sous les yeux (à travers votre image mentale) est statique, immuable, sans mouvement. Mais le temps est déjà une dimension de l’objet que vous avez sous les yeux. Il est donc normal que ce bloc ne varie pas, car comment pourriez-vous évaluer la variation d’un objet qui contient déjà la dimension temporelle ? Il vous faudrait introduire un super-temps permettant d’évaluer cette croissance du temps (ce qui n’est pas souhaitable d’après des considérations d’économie ontologique).

Selon le point de vue adopté le mouvement est donc soit authentique (perspective tri-dimensionnaliste), soit il ne faut pas s’étonner de l’absence de mouvement dans le modèle puisque le temps est une dimension interne du modèle métaphysique (perspective quadri-dimensionnaliste).

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Des modèles d’Univers

nov 29
2009

Afin de concilier existence (ce qui est) et modalité (ce qui est possible), il existe plusieurs grands modèles de la réalité. Storrs McCall donne une classification en cinq modèles (1994, p.4-5). Voici un résumé des trois modèles qui me paraissent les plus intéressants et les plus défendus dans la littérature contemporaine.

1) Le modèle de Minkowski. Il s’agit en fait de l’éternalisme classique : l’espace-temps est un bloc. Le passé et le futur existent tout autant que le présent. La tripartition entre passé, présent et futur traduit notre perspective sur l’éternité, qui est une réalité statique : la réalité elle-même ne change pas, le changement est une différence de propriétés entre des zones de l’espace-temps.

2) Le modèle Many-Worlds d’Everett. Ce modèle combine une théorie éternaliste classique et un réalisme à propos des futurs alternatifs. La réalité a la structure d’un arbre : il existe plusieurs espace-temps parallèles. A chaque possibilité correspond un espace-temps. Si j’affirme que dans une minute je vais peut-être boire un café, ou peut-être pas, c’est parce qu’il existe deux espace-temps parallèles. Dans le premier, dans une minute je bois un café, dans le second je ne le fais pas. Les futurs sont multiples et correspondent aux branches de l’arbre. Il s’agit d’une théorie statique : la réalité elle-même ne varie pas, sa structure arborescente est donnée et fixée. L’analyse de la temporalité est la même que dans l’éternalisme classique.

3) Le modèle arborescent de McCall. Ce modèle est un modèle arborescent similairement au modèle Many-Worlds, qui postule des espaces-temps parallèles. La différence fondamentale est que l’univers est dynamique et non pas statique : ce qui existe dans l’univers varie en fonction du temps. Plus que cela, le temps est définit comme une variation de ce qui existe : le temps correspond à la disparition d’espace-temps. Le temps s’écoule bel et bien : il correspond à la disparition des espace-temps. L’état présent et les états passés de l’univers sont uniques et fixés. Au contraire les états futurs de l’univers sont multiples. En ce sens si je dis que dans une minute je vais peut-être boire un café, il existe dans le futur deux univers parallèles dans lesquels respectivement je vais boire ou ne pas boire un café, similairement au modèle Many-Worlds. Cependant dans une minute, l’un des deux espace-temps va disparaître, laissant un unique état présent de l’univers.

Dernière remarque. McCall précise que les mondes possibles qui existent sont les mondes physiquement possibles et en aucun cas les mondes logiquement possibles. Les ontologies impliquées par ces modèles d’univers ne sont donc pas aussi imposantes que l’ontologie possibiliste de David Lewis (pour qui non seulement les mondes physiquement possibles existent, mais également les mondes logiquement possibles).

Référence :

McCall Storrs (1994), A Model of the Universe (Clarendon Paperbacks).

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Avons-nous des devoirs envers les morts ?

nov 06
2009

http://www.tout-sur-google-earth.com/edifices-religieux-f65/le-cimetiere-du-pere-lachaise-gericault-morrisson-t9287.htm

Dans la vie quotidienne, beaucoup de gens honorent les morts, en allant prier ou déposer des fleurs (ou autres) sur une tombe par exemple. Mais les devoirs envers les morts ne semblent pas toujours être de nature religieuse. On peut par exemple avoir promis quelque chose à un amis mourant, et tenir sa promesse après sa mort. Mais comment peut-on avoir des devoirs envers les morts, étant donnés qu’ils ne sont plus vivants ? Est-ce une erreur, ou peut-on donner du sens au fait de tenir ce genre d’engagements ? Cette question morale permet de poser un problème d’ontologie et de philosophie du langage : le problème de la référence aux objets passés. Et cela permet de pointer qu’il y a bel et bien des intuitons en faveur de l’éternalisme (ou du non-futurisme), théorie réputée moins intuitive que la théorie A présentiste.

En effet, le présentiste semble devoir soutenir que lorsque nous référons aux morts nous somme dans l’erreur : les morts n’existent pas (puisqu’en fait tout ce qui n’existe plus, n’existe pas). Or il semble difficile de concevoir que nous avons des devoirs envers quelque chose qui n’existe pas. Nous n’avons donc pas de devoirs envers les morts.

Deux possibilités alors pour éviter cette conclusion :

1) Solution spiritualiste : la personne perdure après la mort du corps.
2) Solution matérialiste : la personne ne perdure pas après la mort du corps (matérialisme), mais il est cependant possible de s’y référer, car elle existe simpliciter dans l’éternité (éternalisme).

L’éternalisme permet donc de comprendre la possibilité de devoirs envers les morts. Et cela dans un cadre strictement matérialiste, sans avoir à postuler quelque chose comme la vie après la mort. C’est un peu comme quand nous respectons nos engagements envers les gens, même quand ils ne sont pas là, car ils existent autre part : nous respectons nos engagements envers les gens même quand ils ne sont pas présents, car ils existent dans le passé.

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Le débat Présentisme/Eternalisme est-il purement sémantique ?

oct 08
2009

Certains auteurs (par exemple Dorato) défendent que le débat métaphysique entre les présentistes et les éternalistes est purement verbal. Il suffirait selon eux de désambiguïser le concept d’existence pour comprendre que le débat entre les présentistes et les éternalistes est un faux débat.
Lorsque je demande si tout ce qui existe englobe le passé et le futur, l’énoncé peut être interprété de deux manières différentes :
1) Tout ce qui existe peut être pris dans le sens de tout ce qui existe maintenant.
2) Tout ce qui existe peut être pris dans le sens de tout ce qui a existé, ou existe, ou existera.

Selon l’interprétation 1), le présentisme devient trivialement vrai, et l’éternalisme trivialement faux. Tout ce qui existe maintenant inclut les objets qui existent maintenant, et pas les objets qui ont existé ou qui existeront.

Selon l’interprétation 2), le présentismse devient trivialement faux, et l’éternalisme trivialement vrai. Tout ce qui a existé, ou existe, ou existera, n’inclut pas seulement les objets présents, mais égalements les objets passés et futurs.

En somme, pour justifier la pertinence de ce débat, le philosophe doit défendre l’idée qu’il existe un troisième sens de ce qu’est que d’exister, plus fondamental, primitif, une existence neutre par rapport à la perspective temporelle, ce que j’ai appelé existence simpliciter dans le billet précédent.

Je fais appel à vos intuitions. Pensez-vous qu’il y a effectivement un sens simpliciter de l’existence, et qu’il est censé de demander si fondamentalement le passé et le futur existent ? Ou pensez-vous au contraire que ce débat découle d’une confusion sémantique ? Un objet peut-il être dit exister de façon absolue, ou l’existence est-elle nécessairement relative à un point de vue temporel ?

Référence :

Dorato M., “The Irrelevance of the Presentist/Eternalist debate for the Ontology of Minkowski Spacetime”, http://philsci-archive.pitt.edu/archive/00002214/01/ontology_Minkowski.doc

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Les sens de l’existence

oct 03
2009

Il semble que l’on peut distinguer (au moins sémantiquement) quatre manières d’exister : l’existence temporelle, l’existence atemporelle, l’existence omnitemporelle, et l’existence simpliciter.

L’existence temporelle est l’existence à un certain instant du temps. Ce livre posé sur mon bureau maintenant a une existence temporelle : il existe maintenant, à la date du samedi 3 octobre.

L’existence omnitemporelle est l’existence à chaque instant du temps. Il n’est pas évident de savoir si des objets existent en ce sens. Peut-être des objets abstraits comme les nombres peuvent-ils prétendre à une telle existence.

L’existence atemporelle est l’existence en dehors du temps. Il n’est de même pas évident de savoir si de tels objets existent. Les objets abstraits, tels que les nombres sont souvent considérés comme possédant une existence atemporelle. Les objets abstraits (s’ils existent) existent donc de manière atemporelle, ou omnitemporelle. Pour mieux distinguer la différence entre ces deux sens de l’existence, dans le cas de l’existence atemporelle on dit que les objets existent du point de vue nulle part, ou du point de vue de Dieu, c’est-à-dire indépendamment de toute perspective temporelle. Les vérités mathématiques existeraient ainsi en dehors du temps. Alors que si les objets abstraits existent de façon omnitemporelle, il n’est nul besoin de postuler l’existence d’un point de vue hors du temps, c’est au contraire qu’ils existent selon absolument toutes les perspectives temporelles, à chaque instant du temps.

Le débat entre les présentistes et les éternistes devient alors le suivant. L’existence simpliciter se réduit-elle à l’existence temporelle présente (présentisme) ? Ou alors l’existence simpliciter englobe-t-elle l’existence omnitemporelle (éternalisme) ?

Mais le concept d’existence simpliciter n’est-il pas en fait ambigu ? Peut-être qu’il signifie parfois “existe maintenant”, et parfois “a existé, ou existe, ou existera”. En d’autres termes l’existence simpliciter ne serait pas primitive, mais un concept batard signifiant parfois l’existence présente, et parfois l’existence omnitemporelle. Ceci impliquerait que le débat entre les présentistes et les éternistes est un faux débat. L’explicitation de ce point fera l’objet d’un prochain billet.

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